Découvrez l’article de presse pour tout savoir sur ce spectacle vu le jeudi 15 février 2018.

Article du journal Le Télégramme du samedi 17 févier 2017 :

« Birds on a wire ». L’Archipel du bonheur

Légende de la photographie : Deux artistes complémentaires, au sommet de leur art, jeudi. Dom La Nena et Rosemary Standley ont empoigné un répertoire éclectique, voyageant à travers les âges et les continents. Un pur moment de bonheur.

Jeudi, les 450 spectateurs de l’Archipel ont suivi le fil d’Ariane tendu par la violoncelliste Dom La Nena et la chanteuse Rosemary Standley, au travers du doux labyrinthe d’un folklore mondial revisité, sublimé par leurs soins. Personne n’en voulait sortir…

Un décor minimaliste, constitué de longues tentures gris perle qui pendent du plafond et qu’un souffle imperceptible fait onduler, tandis qu’une mélodie arabisante s’élève du violoncelle de Dom La Nena. Rosemary Standley, en congé (provisoire) de Moriarty, arpente encore l’arrière-scène. Son chant, d’une pureté inouïe, a envahi la salle. Le voyage immobile vient instantanément de débuter. Le duo va transporter un public tout acquis à sa cause dans une exploration majestueuse de grands standards de la musique populaire. Père américain oblige, Rosemary Standley ne tarde pas à entonner « I shall be released », superbe chanson écrite par Bob Dylan à la fin des sixties et devenue standard de la musique américaine. Le silence religieux du public en viendrait presque à être pesant mais les deux artistes vont justement, comme l’exhorte Dylan, libérer l’énergie avec un morceau de variété italienne enlevé et empli de gaieté, qui soulève un tonnerre d’applaudissements.
Il en sera ainsi de la suite du concert, alternance de moments d’émotion incroyable, comme cette magnifique reprise de « Who by fire », de feu Léonard Cohen, suivie, peu après, d’éclairs d’innocence presque enfantine, comme avec cette comptine, « La marelle », traduction d’une chanson portugaise, « Amarelinha » de Nazaré Pereira.

Pink Floyd mis à nu

Rosemary Standley et Dom La Nena s’amusent, sautent d’une case à l’autre, de Salvador de Bahia jusqu’aux États-Unis, pour un traditionnel américain, « Shake Sugaree », écrit par Elisabeth Cotten. Les deux artistes s’en excuseraient presque, comparant leurs fans à des « cobayes », puisque la majeure partie de leur playlist est constituée de morceaux nouveaux, qui n’apparaîtront sur disque que dans un an. Parfois, un titre de leur premier album, « Birds on the wire », s’immisce, comme ce « Blessed is the memory » de Léonard Cohen encore lui. Mais le moment béni est peut-être cette version mise à nu de « Wish you were here », de Pink Floyd, qui étreint la salle comme jamais. Le premier rappel arrive trop vite. Dom La Nena et Rosemary Standley préparent leur sortie, en se faisant évanescentes, disparaissant derrière les tentures et laissant leurs ombres flotter à l’avant-scène tandis qu’elles entonnent « Oh my love », de John Lennon. Une mélopée russe, un chant maloya et une petite comptine finissent d’éclairer le chemin jusqu’à la sortie, que les spectateurs empruntent à regret, après avoir offert une ovation aux divines dames-oiseaux.