Ils ont découvert et traversé les paysages mongols, kirghizes, ont posé leur vélo devant un parc urbain en Chine et réussi à faire des pauses roboratives.

En septembre dernier, deux jeunes ingénieurs fouesnantais, Simon Fournier et Vincent Helpin, enfourchaient leur vélo. Destination Pékin ! Ils abordent aujourd’hui la Mongolie, toujours alertes physiquement, même si la traversée du désert chinois de « Dzoosotoyn Elisen » a mis leur moral à rude épreuve.

Où vous trouvez-vous désormais ?
Nous venons d’arriver à Oulan Bator en bus, après avoir parcouru près de 450 km à vélo dans l’ouest mongol entre la frontière chinoise et la ville de Khovd. La route, ou plutôt la piste, jusqu’à la capitale étant très longue, en très mauvais état et traversant une partie du désert de Gobi, nous avons opté pour le bus pour cette partie du voyage car le temps nous manque désormais. Il faut dire que le désert de Dzoosotoyn Elisen en Chine et ses plus de 48 °C à l’ombre nous a quelque peu « refroidis » (si l’on peut dire) et nous n’avons plus réellement la motivation pour revivre une nouvelle expérience désertique !

Combien avez-vous parcouru de kilomètres ?
Nous venons de franchir la barre des 13.000 km à vélo ! Depuis Quimper et jusqu’à la capitale mongole, nous avons emprunté quelques transports motorisés : 50 km de ferry en Croatie ; 800 km aller, 800 km retour de bus entre Téhéran et le sud du pays pour faire une virée à vélo entre les villes historiques de Shiraz et de Yazd et aussi découvrir le désert (en avril, c’était plus vivable !) ; 660 km de train de nuit en Iran, car notre visa de 45 jours arrivait à expiration ; quelques centaines de km de train de nuit en Ouzbékistan, en vue d’atteindre le Tadjikistan au jour de validité de notre visa, et disposer ainsi des 30 jours autorisés dans le pays pour avoir tout le temps de parcourir la route du Pamir ; 700 km de bus en Chine ; 1.500 km de bus en Mongolie les jours derniers, car par manque de temps, il nous faut désormais choisir les tronçons que nous souhaitons parcourir à vélo d’ici la fin du périple, fin août. Ajoutons à cela quelques auto-stop par-ci par-là pour diverses raisons, souvent liées à des conditions climatiques rudes ou à des chutes de moral. Nous avons donc parcouru près de 18.000 km au total, vélo et transports en commun compris.

Pas trop fatigués ?
Depuis Quimper, nous n’avons jamais connu de problèmes physiques sérieux venant contrarier notre voyage ou nous fatiguant anormalement. Nous nous estimons plutôt chanceux à ce niveau. Nous nous rappelons simplement d’avoir connu un ou deux rhumes, quelques diarrhées fulgurantes ainsi que de légères douleurs musculaires par moments. Selon nous, l’important est d’apprendre à écouter son corps et à ne pas forcer lorsque l’on ressent des signes de fatigue. En revanche, les conditions météorologiques parfois très rudes (vent violent de face durant plusieurs jours, verglas, orages ou fortes températures), les difficultés de la route (col à 4.600 m, routes défoncées…), et l’éloignement de la famille et des proches ont davantage mis nos nerfs à rude épreuve. Lors de ce voyage à vélo, nous avons en fait connu davantage de fatigues psychologiques que physiques.

Vous souvenez-vous d’un épisode plus pénible que les autres ?
Comme nous vous le disions, pour ne citer que cet exemple récent, le désert chinois de Dzoosotoyn Elisen et la chaleur infernale qui y régnait nous ont sapé le moral durant plusieurs jours et ont marqué nos esprits durablement. Imaginez la scène : la température frôle les 50 °C lorsque le soleil est à son zénith, il n’y a aucun arbre à l’horizon, seulement quelques buissons qui couvrent les dunes de sable. Le vent de face brûlant rend l’air terriblement sec et poussiéreux au point d’avoir la sensation d’évoluer dans un four. Et nous, nous sommes là, à rouler dans cette immensité de sable, couverts de crasse car trempés de sueur et la gorge constamment sèche.

Pas âme qui vive sur cette route ?
Les seuls véhicules croisés sur cette route sont des camions remplis de charbon allant alimenter les centrales thermiques installées dans ce désert. Il n’y a pas de station-service ou de trace d’habitations sur plusieurs dizaines de kilomètres, ce qui nous oblige à charger excessivement nos montures en litres d’eau (jusqu’à 14 l par personne). Cependant, cette eau que nous buvons est, dès le petit matin, très chaude ; nous pouvions carrément y faire infuser du thé sans avoir à la chauffer ! On a déjà vu mieux pour se désaltérer… Durant ces quatre jours dans le désert, le moindre rade où nous pouvions boire des boissons fraîches apparaissait à nos yeux comme un véritable eldorado et un « boost » pour le moral. Mais nous ne sommes pas non plus inconscients, sous ces conditions nous ne roulions qu’avant 13 h et après 20 h pour ne pas suffoquer. Entre-temps, nous cherchions un abri du soleil, ou tendions des bâches pour nous ménager une petite place à l’ombre. A côté de ces difficultés, le verglas et les - 5 °C que nous avons connus en Turquie en janvier, nous semblent être une partie de plaisir car en hiver nous pouvions régulièrement nous réfugier au chaud dans les nombreux cafés !

© Le Télégramme - Jeudi 6 août 2015